Trait d’union : une coopérative qui réunit des professionnels de l’interprétation en LSF

Emilie Tolian, co-gérante de la coopérative, nous parle des fondements de la coopérative et de la reconnaissance du métier d’interprète qui est au cœur de ses préoccupations.

JPEG - 329.8 ko
© Assemblée Générale de la scop Trait d’Union



Comment Trait d’union a vu le jour ? Pourquoi se regrouper au sein d’une scop ?

Ce projet est né de la rencontre de plusieurs structures. L’interprétariat en langue des signes étant un petit milieu, nous avions l’occasion de nous rencontrer entre professionnels dans des colloques ou dans le milieu associatif. Il faut dire que c’est une profession qui a évolué : au départ les interprètes étaient davantage rattachés à des établissements spécifiques, type médico-sociaux, puis, petit à petit ils se sont regroupés dans des associations et enfin dans des scop (société coopérative et participative). La scop vient coïncider à la fois à un modèle économique de société commerciale qui vend de la prestation de service - puisque les personnes en situation de handicap peuvent solliciter un professionnel pour un besoin d’interprétation particulier - mais aussi à une dimension sociale et solidaire puisque le statut coopératif nous permet aux uns et aux autres de garder nos valeurs, de pérenniser les emplois et d’avoir un objet social. En parallèle, nous nous sommes rendu compte qu’avec l’évolution du marché, les prestations variaient selon la ville et selon l’importance de l’entreprise dans laquelle l’interprète était employé. Nous voulions vraiment harmoniser l’offre à la fois pour les professionnels mais aussi pour les personnes en situation de handicap qui n’avaient pas accès, in fine, à la même prestation. L’idée a été de mutualiser nos ressources au sein d’une coopérative, gérée par des personnes morales, et qui devient notre tête de réseau.

Trait d’union regroupe un ensemble de professionnels et de structures. Y-a-t-il des critères pour y adhérer ?

Oui, il y a évidemment des critères pour y adhérer. Le premier, le plus important, est celui d’être une personne morale. Au-delà de ce statut juridique, une charte en préambule de nos statuts reprend les grandes valeurs de la coopérative et de l’entreprenariat social qu’il faut approuver : la gouvernance partagée et collective, la répartition des richesses et la gestion éthique de la société. Ensuite, nous avons des critères indexés sur les métiers d’interprètes traducteurs. Nous acceptons uniquement les diplômés d’un master respectant le code déontologique du métier d’interprète qui repose sur 3 piliers : la fidélité au discours, la neutralité et le secret professionnel.

Comment se passent les réservations et quels outils mettez-vous à disposition pour obtenir un interprète en LSF ?

Aujourd’hui, nous avons « Trait d’Union réservation » (« TDU résa » en version application), une plateforme mise en place pour les structures qui font appel à nos services et pour lesquelles nous avons conclu un marché. C’est une interface dédiée avec laquelle on peut réserver un interprète partout en France en seulement 4 clics. Sur le formulaire de demande, il faut préciser la date, le lieu, et le format d’interprétation : « liaison » (discussions entre deux personnes), « réunion simple ou technique », « conférence » et « évènementiel ». Lauréats au French Impact 2018, nous souhaitons maintenant en faire une version grand public qui permettrait à tout un chacun de réserver un interprète n’importe où. Pour ce faire, l’appli serait fléché vers les structures locales pour obtenir un professionnel au plus proche de chez soi. Nous avons aussi le projet « Trait d’union traduction » qui est de pouvoir utiliser les services de traducteur de manière plus simple via une application et un serveur sécurisé. L’idée serait de poster des textes ou des petites vidéos à travers l’outil et obtenir la traduction en retour quelques jours par le biais du réseau de professionnels. Ensuite, nous avons « Trait d’union expertise » pour travailler sur l’évaluation des besoins du client, « Trait d’union appui » pour les sociétaires qui souhaitent obtenir de l’aide au niveau du secrétariat et de la comptabilité. Enfin, « Trait d’union formation » propose de la formation continue sur mesure à la fois en lien avec le métier d’interprète traducteur et ses spécificités techniques, mais aussi avec l’entreprenariat en général pour ceux qui souhaitent travailler par exemple leur plan de communication etc.

Tous ces dispositifs sont nombreux et correspondent à des objectifs différents autour du métier d’interprète. Comment voyez-vous l’évolution avec vos partenaires ?

Comme les demandes ont évolué, nous avons fait évoluer le réseau de partenaires. Avant, nous avions essentiellement des interprètes mais aujourd’hui nous contractualisons avec des agences de traducteurs sourds dont c’est le métier de traduire vers la LSF. Ces professionnels sourds traduisent du français écrit vers de la vidéo en LSF ou inversement de la LSF vers de l’écrit. Cette évolution nous permet, par exemple, lorsque nous avons des structures qui demandent une traduction spécifique de leur site internet avec une vidéo standardisée, de faire appel à eux car ils sont plus experts sur le sujet. Et puis nous commençons aussi à avoir des partenariats avec des structures de formation qui proposent un modèle de travail vertueux ou qui ne s’éloignent pas trop des principes de l’économie sociale et solidaire. Parfois, lorsque nous envoyons un interprète dans une entreprise pour le besoin exprimé d’un salarié, nous nous retrouvons avec d’autres collaborateurs qui, en découvrant la LSF, souhaitent en apprendre davantage et ainsi avoir une formation dédiée.

Trait d’union semble être en pleine mutation. Quels sont vos objectifs futurs ?

En vue du congrès mondial des sourds qui se déroulera en France au mois de Juillet 2019, nous sommes en train de nous former aux signes internationaux. Grâce à notre réseau, nous pouvons déjà proposer aujourd’hui d’autres combinaisons de langues comme LSF/Anglais, LSF/Espagnol, le plus courant étant bien sûr Français/LSF. Notre projet est de pouvoir proposer ces services-là dans le cadre de séminaires ou de réunions internationales d’ici quelques années. Nous souhaitons également améliorer nos outils numériques au service des clients et de nos sociétaires et enfin mieux mutualiser nos ressources pour mener à bien nos actions.

Pour finir, quelle est la force de Trait d’union ?

Notre force, c’est cette mutualisation ! La coopérative a vraiment été pensée pour être au service de l’intérêt collectif puisqu’elle sert autant les bénéficiaires (les clients, les utilisateurs) que le réseau de professionnels que nous mettons à disposition. Nous travaillons à ce que notre fonctionnement soit équitable : que l’accès à un prestataire professionnel pour les personnes en situation de handicap soit facile et valorisant puis que les interprètes montent en compétence tout en ayant un emploi pérenne et un réseau avec lequel échanger.

Trait d’union est la tête de réseau d’une coopérative qui réunit des professionnels de l’interprétation Français / Langue des Signes Française. Cette société coopérative Loi 47 a pour vocation de fédérer et d’ancrer résolument l’ensemble des structures d’interprètes membres dans le cadre de l’Economie Sociale et Solidaire. Créée en 2013, la coopérative se compose aujourd’hui de 15 agences sociétaires, environ 10 partenaires extérieurs et plus de 120 salariés répartis sur le territoire.
Trait d’union fait partie des lauréats du french impact 2018
Plus d’infos sur : www.trait-union.coop