Les dispositifs d'autorégulation
(DAR)
Publié le |
Tout savoir sur les dispositifs d'autorégulation pour les élèves présentant un trouble du spectre de l'autisme.
Qu’est-ce que l’autorégulation ?
L’autorégulation à l’école – Faire classe autrement
Véronique Hubert, directrice générale de l’association Agir et vivre l’autisme : « Est-ce que Leny tu aimes venir à l'école toi ? »
Leny : « Oui. »
Véronique Hubert : « Pourquoi est-ce que tu aimes venir à l'école ? »
Leny : « Parce qu’on a besoin de travailler. »
Véronique Hubert : « L'élève avec autisme, lorsqu'il vient sur le dispositif d'autorégulation, il vient d'abord dans son école, dans une école ordinaire, dans un environnement de tout élève qu'il soit TSA (trouble du spectre de l'autisme) ou non. Donc il arrive le matin et en même temps que ses camarades, il va dans sa classe, et simplement, au gré des besoins qu'on a repérés au niveau pédagogique, au niveau éducatif, au niveau psychologique, au niveau rééducateur, il va avoir un emploi du temps un petit peu individualisé. Lorsqu'il n'est pas en classe, ou dans la cour de récré, ou à la cantine comme les autres, l'enfant avec autisme peut être amené à venir dans la salle d'autorégulation. C'est une salle de classe qui est dédiée à la prise en charge des besoins spécifiques. En classe d'autorégulation, il va pouvoir travailler avec l'enseignante d'autorégulation, l'éducateur ou l'éducatrice du dispositif. »
Image d’enfants se dirigeant vers leur salle de classe.
Alexandra Livernet, éducatrice spécialisée : « Mon rôle, c'est d'accompagner les enfants dans leur prise en charge en milieu ordinaire, en classe ordinaire. On travaille avec l'équipe enseignante, ce qui nous permet aussi de mettre en place des ateliers d'habilités sociales, des ateliers de travail pédagogiques ici, ou travailler sur le comportemental, mais on travaille toujours en collaboration avec l'enseignant. »
Patrice Bureau, professeur des écoles : J'étais là dès le début du dispositif. C'est une inspectrice qui nous a proposé ce dispositif. Au début, l'autisme, ce qu'on en savait, enfin moi pour ma part ce que j'en savais, c'était "Rain man" et quelques films, et je n'ai pas vraiment de vision de l'autisme. Ce n’est pas que j'avais peur mais c'est vrai qu'il y a une petite crainte à se dire comment on allait travailler. Au début, ce qui a été difficile c'est qu’ils étaient intégrés en CP, et donc la première année j'étais le seul à travailler que les éducateurs et le seul à avoir des autistes, à être confronté aux différents dispositifs à mettre en place avec eux. Il a fallu aussi se mettre d'accord avec les éducateurs sur leur champ d'intervention, notre champ d'intervention, se mettre d'accord sur le vocabulaire. La peur qu'on avait au début, quand on a commencé, c'est de se dire, les gamins vont se dire : "C'est qui ce gamin qui fait n’importe quoi ? Il n'est pas comme nous." Ils vont le rejeter. Absolument pas. Pas du tout en fait. Ils le couvent. »
Des enfants évoluent dans une salle de classe.
Un élève : « C'est important pour les autistes qu'ils ne soient pas tous seuls, et aussi qu’ils se fassent des amis même s’ils ne sont pas autistes. Ça peut leur apprendre à suivre leur exemple, à ne pas s’exciter ou des choses comme ça. Même s’ils sont autistes, ils sont quand même fort en travail. Et parfois il me dit des choses que je ne sais pas forcément. »
Des enfants jouent dans la cour de récréation.
Laure Cousin, directrice de l’école Jules Ferry à Angoulême : « Les effets qu'on peut observer grâce à ce dispositif d'autorégulation dans l'école sur les enfants… Ceux du dispositif bien évidemment sont intégrés pleinement dans une école. Je pense que, pour eux, ça leur permet de développer des compétences élèves qui n'auraient pas forcément sans dispositif, des compétences sociales aussi donc ça c'est très très important. Et puis ça permet à nos enfants qui ne sont pas dans le dispositif de vivre la différence, d'accepter la différence, d'aider leurs camarades, d'avoir une attention particulière, de comprendre aussi ce qu'est le handicap ou la difficulté. Ça permet aux enseignants de comprendre la même chose, de se remettre en question, d'innover pédagogiquement. On ne peut pas agir de la même façon. De même pour le personnel. Je pense que tout le monde développe des qualités, des compétences différentes. »
Patrice Bureau : « Tous les outils qu'on a pu mettre en place pour les enfants autistes sont utiles pour les enfants qui sont en difficulté ou qui ont du mal à se repérer. Par exemple un chaînage va servir à un enfant autiste qui a du mal à se dire : "Qu'est-ce que je dois faire après ça ? " Mais ça va aussi aider un gamin qui a du mal à organiser son travail et qui va se dire : "Je peux regarder ça aussi." Donc on est plus attentif aussi au comportement d’élèves. Avant on était peut-être plus attentif au didactique. Un gamin qui réussissait, c'était un gamin qui arrivait à avoir les acquis en maths, en français, etc. Là, un gamin qui réussit, c’est un gamin qui a un comportement d‘élèves qui arrive à faire preuve de concentration, qui arrive à aider les autres, qui va prendre des responsabilités. Tout ça, c'est aussi le travail avec les éducateurs qui nous a amenés à le considérer plus sur un même plan. Et ce renforcement positif se déverse sur toute la classe et ça met une ambiance plus apaisée. Ça ne veut pas dire qu’il y a moins de boulot. Ça demande beaucoup de boulot de s'occuper des gamins autistes. On a plein de réunions, on a plein de choses à mettre en place, il y a plein de choses à expliquer, mais c’est riche. »
Des enfants jouent dans la cour de récréation.
Anne Laure Hugeux, psychologue et superviseur du dispositif d’autorégulation : « Par rapport à d'autres dispositifs qui correspondent à d'autres profils d'élèves TSA, on n'a pas la présence d'une AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) en continu. Nous, notre but, c'est de ne plus être disponible, pour le jeune. On est toujours disponible, mais ne plus être nécessaire à ce que ça se passe bien en classe et qu'il puisse vivre sa vie d'élève, sans adulte supplémentaire, en toute autonomie. Et moins on est appelé, plus on a été utile par le passé, ça veut dire. »
Des élèves travaillent en salle de classe.
Laure Cousin : « Ce que j'en retire, c’est un grand plaisir de voir les autres enfants de l'école intégrer leurs camarades de manière relativement naturelle, en tout cas avec des explications, ça se passe très bien. Donc ça, c'est un vrai plaisir de voir que l'intégration est possible. C'est même, au-delà de l'intégration, c'est une vraie inclusion. »
Patrice Bureau : « Maintenant on est une équipe… Waouh ! Ça marche, ça fonctionne. On est vraiment soudée et on est là pour les gamins. Et on voit les progrès des gamins. »
Alexandra Livernet : « Ce qui serait vraiment super, ça serait que, dans chaque école, il y ait un dispositif, ce qui permettrait une inclusion beaucoup plus large, même si on sait qu'il y a certains handicaps, c'est très très très compliqué. Mais voilà, l'idéal ça serait ça : un dispositif dans chaque école, avec deux ou trois éducs, ça serait top. »
Merci à l’école Jules Ferry d’Angoulême et à l’ensemble de son personnel, aux enfants, aux parents, ainsi qu’au rectorat de l’académie de Poitiers et la direction académique de la Charente.
L’autorégulation est la capacité que peut avoir une personne à maîtriser ses pensées, ses émotions et ses comportements. Les progrès des neurosciences permettent de mieux comprendre le rôle essentiel de l’autorégulation dans le fonctionnement cognitif et son développement. Les compétences d’autorégulation favorisent la réussite et l’autonomie de tous les élèves.
Qu’apprend-on dans une école d’autorégulation ?
Dans une école avec de l’autorégulation, les enfants apprennent à mieux comprendre et mieux exprimer ce qu’ils ressentent et s’entraînent à travailler de manière de plus en plus autonome. Les principes généraux utilisés par les professionnels de l’autorégulation sont : l’autodétermination (c'est à dire décider soi-même) et la métacognition (c'est à dire prendre soi-même conscience de ses apprentissages, de ses erreurs et de ses réussites). Les élèves deviennent donc progressivement capables de gérer leurs émotions et de réfléchir par eux-mêmes sur leurs apprentissages.
Pourquoi les élèves autistes ont besoin d’autorégulation ?
L’autisme s’accompagne souvent d’une grande sensibilité aux stimulations de l’environnement, d’une difficulté à décoder le fonctionnement implicite des relations sociales et de réactions émotionnelles excessives mal supportées par l’entourage. L’apprentissage de l’autorégulation permet de mieux gérer les demandes de l’environnement, d'expliquer les règles de la vie collective et de modérer ses propres réactions : il est donc particulièrement utile aux enfants autistes.
Comment l’autorégulation profite à tous les élèves ?
La présence dans une école d’une équipe formée à l’autorégulation et son adhésion aux principes d’accessibilité universelle, conduit à repenser certaines règles générales de fonctionnement (par exemple : système d’évaluation et de sanction) et certains aspects de l’organisation générale (par exemple : récréation, accueil en début de journée, pause méridienne). Cela permet à tous les élèves de bénéficier d’un cadre éducatif plus cohérent. Tous les élèves deviennent plus autonomes et s’exercent à vivre dans une société inclusive. En plus des élèves autistes, tous ceux qui ont d’autres troubles du neurodéveloppement, notamment des troubles spécifiques du langage et des apprentissages (TSLA) ou des troubles de l’attention avec hyperactivité (TDAH) trouvent dans l’autorégulation une pédagogie adaptée à leurs besoins.
Comment travaillent les équipes d’autorégulation ?
Elles sont constituées d’enseignants, d’éducateurs spécialisés, de psychologues, de psychomotriciens, de personnels des collectivités. L’équipe qui met en place l’autorégulation est une équipe plurielle qui bénéficie :
- d’une formation conjointe dès l’ouverture du dispositif, portant sur les aspects cognitifs (pédagogie explicite, fonctions exécutives et méthodologies d’apprentissage), émotionnels et sociaux ;
- d’une supervision régulière et durable par un spécialiste en autorégulation, permettant l’évolution et l’ajustement progressifs des pratiques et des gestes professionnels.
La salle d’autorégulation, où travaillent l’enseignant dédié, l’équipe médico-sociale et tout autre enseignant de l’école, n’est pas une classe mais un lieu dédié à des activités d’entraînement à l’autorégulation et d’anticipation sur les activités d’apprentissages conduites dans toutes les classes de l’école ou du collège (lecture, graphisme, mathématique, langue vivante, etc.). Les ateliers proposés aux élèves s’organisent individuellement ou en petits groupes.
L’objectif reste le même : faciliter leur réussite dans la classe de référence.
Pour en savoir plus
-
Élèves autistes, DYS, TDAH, TDI : tout savoir sur la rentrée 2025 !
La stratégie 2023-2027 pour les troubles du neurodéveloppement (TND) a pour ambition d’accélérer la dynamique d’inclusion…
Autisme, DYS, TDAH, TDI | Date de mise à jour le
-