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Discours de Mme Geneviève Darrieussecq à la European cyber week (ECW)

Rennes, le 15 novembre 2022

Publié le 15/11/2022 Temps de lecture : 6 minutes

Intervention de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée chargée des Personnes handicapées lors de la European cyber week (ECW), le 15 novembre 2022. 

Seul le prononcé fait foi. 

Monsieur le président du Pôle d’excellence cyber, Amiral, 
Mesdames, Messieurs,

Je remercie le Pôle d’Excellence Cyber de m’avoir conviée à prendre la parole ici, à Rennes, pour évoquer avec vous ce sujet de l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

Je ne vous apprends rien : nous nous réunissons dans le cadre de la 7e édition de la European Cyber Week, ce moment d’échanges et de rencontres que vous appréciez tout particulièrement.

Mais vous le savez peut-être moins : cette rencontre se tient également en pleine Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées. Cette semaine est l’occasion de sensibiliser les employeurs à l’insertion professionnelle et de mobiliser l’ensemble de la société française autour de notre mot d’ordre pour cette année : « À quand le plein emploi pour les personnes en situation de handicap ? ».

Construire une France du plein emploi, c’est en effet un objectif majeur que le président Macron a fixé au Gouvernement d’Elisabeth Borne. C’est un objectif qui concerne l’ensemble des actifs, et donc évidemment les personnes en situation de handicap. Ce sera l’un des axes principaux de nos réflexions lors de la prochaine Conférence nationale du handicap, que le président de la République réunira au printemps 2023, et qui donnera une impulsion à notre action pour les trois prochaines années.

D’ores et déjà, la dynamique est encourageante. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap a baissé de 6 points depuis cinq ans (de 19 % en 2017 à 13 % aujourd’hui), et c’est une excellente chose. Mais il reste encore deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population active. Ces indicateurs sont en tous cas des aiguillons de notre action, qui nous poussent à agir pour une meilleure insertion professionnelle.

Ce qui me frappe particulièrement, c’est la pertinence des enjeux que vous avez portés aujourd’hui concernant l’inclusion des personnes au profil neuro-atypique – c’est-à-dire les personnes autistes, hyperactives ou encore porteuses de troubles Dys. Tout ceci rentre parfaitement dans le cadre de cette politique du plein emploi que nous entendons mener. 

Car nous avons des leviers à disposition, que nous entendons bien sûr actionner. 

Nous devons d’abord renforcer la formation, qui doit être accessible à tous les publics. Nous avons ainsi multiplié par trois le nombre d’apprentis en situation de handicap entre 2017 et 2022, et nous devons clairement poursuivre cette dynamique, parce qu’on sait bien que l’apprentissage est un vecteur particulièrement efficace pour l’emploi. Mais cela vaut aussi plus généralement pour toutes les filières du supérieur, et c’est pour cela que allons porter un acte II de l’école et de l’université inclusives. 

Sur ce plan de la formation, votre implication est particulièrement stimulante. Je pense notamment à ce que vous portez avec l’association AFG et Aspie Friendly, un programme d’accompagnement des personnes autistes à l’université, en étroite collaboration avec le ministère des Armées, une institution que je sais en pointe concernant l’effort de recrutement de personnes autistes. Aujourd’hui, il me semble essentiel que l’enseignement supérieur se mobilise pour ouvrir ses formations à tous les profils. À cet égard, les travaux menés avec différentes écoles et universités, la région Bretagne, la métropole rennaise et le rectorat d’Ille-et-Vilaine sont très précieux, et je vous en félicite.

Mais outre la formation, nous devons également simplifier les démarches pour les employeurs comme pour les demandeurs d’emploi. Les directeurs et directrices des ressources humaines ici présents le savent bien : le foisonnement des aides et des dispositifs est trop souvent illisible. À la limite, les grandes entreprises peuvent outiller leurs services de RH, mais il ne faut pas oublier que la moitié des emplois qui sont créés en France se font dans les TPE et PME et que pour ces petites structures, l’accompagnement dans le recrutement des personnes en situation de handicap est fondamental. 

Le dispositif d’emploi accompagné constitue à ce titre une réponse particulièrement adaptée, notamment pour les personnes autistes. Actuellement, ce sont d’ailleurs 18% des personnes incluses dans l’emploi accompagné qui sont autistes, mais la marge de progression est réelle. Il faut donc faire monter en compétence les conseillers en insertion pour qu’ils puissent améliorer l’accompagnement des personnes autistes, ce qui a été impulsé par la délégation interministérielle à l'autisme et aux troubles du neuro-développement.

Pour que l’accès et le maintien dans l’emploi puissent se faire dans de bonnes conditions, il faut par ailleurs prendre en compte les besoins des personnes autistes en termes d’accompagnement à la vie quotidienne, et c’est le rôle de notre solidarité nationale. La prestation de compensation du handicap s’ouvrira aux personnes avec un handicap psychique, cognitif ou un trouble du neuro-développement, c’est-à-dire aussi bien à des personnes autistes que porteuses de trisomie 21 ou schizophrènes. Elle va permettre de faciliter leur vie au quotidien et, donc aussi leur vie professionnelle. 

Par ailleurs, les entreprises qui souhaitent garder dans l’emploi leurs salariés en situation de handicap savent aussi s’en donner les moyens, et il faut saluer ces initiatives qui constituent autant de bonnes pratiques inspirantes. Le Groupe Orange a par exemple mis en place une équipe dédiée à la prise en compte de la neurodiversité au sein du groupe, qui sensibilise aussi l’ensemble des salariés en lien avec la médecine du travail. Dans le même esprit l’association Astypic à Toulouse accompagne des personnes autistes, notamment dans l’industrie aéronautique, a également mis en place une action de sensibilisation des médecins du travail de leur territoire en lien avec le centre ressource autisme.

Et puis nous devons enfin faire évoluer les regards. Celui de la société française dans son ensemble, mais bien sûr aussi celui des employeurs. À cet égard, l’événement d’aujourd’hui est important, tout comme l’est ce parti pris que vous assumez, avec le manifeste de l’inclusion et de la diversité que vous proposez à vos membres. Vous clamez ainsi haut et fort vos ambitions en la matière, et c’est très important. C’est une preuve de confiance envers les personnes concernées, et cela contribue à une plus grande visibilité de l’autisme et des troubles du neuro-développement dans notre société.

Toutes ces initiatives rendent compte finalement d’un grand changement de paradigme qui s’opère sous nos yeux. 

Pour la plupart des entreprises françaises, mais peut-être tout spécialement pour celles du secteur du cyber et de la sécurité, le recrutement est un enjeu absolument fondamental. C’est bien la qualité des employés et l’excellence de leur formation qui permet de fournir des services et des prestations dont la qualité est à la hauteur des défis. Vous avez bien perçu le haut potentiel pour vous des personnes autistes de haut niveau, dites « Asperger ». On sait que ces personnes présentent une pensée en détail, une capacité à se concentrer sur des tâches précises et abstraites, avec une grande rigueur, une capacité de mémorisation et une application dans la durée. Bref, ce sont des profils particulièrement attractifs pour vous ! 

Mais je tiens à le dire très clairement : il faut que les entreprises prennent également conscience du vivier de talents que représentent l’ensemble des personnes en situation de handicap. Les métiers que vous portez dans le secteur du numérique et de la cybersécurité ouvrent une large palette d’adaptations possibles. Il y a aujourd’hui une plus grande souplesse dans nos manières de travailler, notamment dans les équilibres possibles entre distanciel et présentiel. Tout cela facilite largement l’employabilité de personnes considérées auparavant comme éloignées de l’emploi. Il est nécessaire que les entreprises se saisissent de ces opportunités.

Et dans un contexte de tensions dans certains métiers, mais surtout dans un marché du travail concurrentiel où il faut trouver les meilleurs talents, il faut marteler une idée simple et forte : par-delà le handicap, le bon profil, c’est d’abord la compétence !

Merci et bonne continuation !